1 679 724 visites 13 visiteurs

DELPHINE RONDEAU : L'INTERVIEW

24 septembre 2019 - 19:40

Delphine Rondeau : « Notre objectif va être de présenter des filles sur des
compétitions mixtes »

Depuis le début du mois, l’école de football féminine de l’US Raon-l’Etape a repris le chemin de
l’entraînement pour la sixième fois depuis 2013. Une fierté pour Delphine Rondeau, à l’origine de la
section.

Delphine, comment se porte la section féminine aujourd’hui ?

Delphine Rondeau : Elle se porte très bien puisqu’on augmente nos effectifs dans toutes les catégories,
que ce soit des plus jeunes jusqu’aux seniores. Si je compte uniquement les pratiquantes, on est à une
cinquantaine de licenciées. Mais avec les dirigeantes, une jeune arbitre et une éducatrice, on approche
des 70 licenciées. C’est positif puisqu’on augmente nos effectifs dans tous les domaines.

Comment va se passer la saison à venir au niveau de l’école de foot ?

D.R. : L’objectif est d’avoir une équipe dans chaque catégorie. Et de les présenter sur les plateaux
qu’ils soient féminins, ou en mixité. Nous notre objectif c’est de les présenter en mixité. Mais ce n’est
que du football plaisir, l’objectif est de les fidéliser, de s’amuser, de prendre du plaisir et de découvrir
la pratique du football. Le but est aussi de réussir à les conserver les années suivantes afin de les faire
évoluer, progresser et pour qu’elles aient envie de faire venir d’autres copines à venir pratiquer avec
elles.

Cet été, la coupe du monde féminine a passionné un bon nombre de Français. Quels ont été les effets
ressentis à Raon ?

D.R. : On a eu une explosion des licenciées. L’année dernière on n’avait pas de U16F et là on se retrouve
avec quasiment une quinzaine de jeunes filles qui peuvent pratiquer dans la catégorie. De U6F à U12F,
on a 50% d’augmentation sur le nombre de pratiquantes par rapport à l’an dernier. Mais malgré ça, il
reste de la place pour accueillir les filles qui veulent encore pratiquer.

Les filles ont-elles des modèles féminins en matière de football ? On pense notamment à Eugénie Le
Sommer, Amandine Henry, Wendy Renard ou encore Megan Rapinoe.

D.R : Non, pas encore. Aujourd’hui, ce n’est pas encore assez démocratisé pour l’entendre. En
regardant les maillots, c’est souvent l’équipe de France, le PSG ou l’OM avec Mbappe, Griezmann. Il
n’y a pas encore cet impact de la coupe du Monde sur les petites. Ça reste des modèles masculins. Les
filles ne sont pas assez connues, il n’y a pas assez de médiatisation autour de ces joueuses.

Pour le moment, le football féminin est encore instable parce que beaucoup de filles découvrent le
football et ne savent pas si elles vont y rester. Est-ce que l’US Raon-l’Etape échappe à la règle ?

D.R. : Non parce que la pratique du football féminin est compliquée et délicate. Il existe deux types de
joueuses : il y a la véritable joueuse de football qui veut jouer à tout prix, peu importe si elle est avec
les filles ou les garçons. Puis, il y a des joueuses qui ont regardé la coupe du monde avec les garçons
ou avec les filles, qui ont envie de jouer et de découvrir le football. Mais la plupart ne viennent pas
toutes seules : elles viennent entre copines, à 2, à 3 etc. Elles ont du mal à franchir le pas du club de
football. Aujourd’hui l’image change mais ce n’est encore pas suffisant.

A quoi est dû cette hésitation ?

D.R. : Elles hésitent par timidité, parce qu’elles manquent de confiance en elle. Les parents ont aussi
du mal à accepter que leur fille joue au football. J’ai eu la chance de rencontrer les parents et ils me
disent que ça fait des années que leur fille voulait faire du football, mais ils n’étaient pas surs, ils
attendaient parce que l’image du football, aujourd’hui, c’est surtout celle du football masculin. Et celle-ci n’est pas forcément positive aujourd’hui…

A titre personnel, tu es fondatrice de la section féminine depuis 6 années. Pourquoi avoir choisi de
lancer le football féminin à Raon ?

D.R. : Ce rôle, je ne l’ai pas forcément choisi. Faride (Touileb) et Didier (Chaffat) m’ont lancé dans ce
défi là et je l’ai relevé avec plaisir ! J’ai commencé en tant qu’éducatrice à Etival-Clairefontaine. J’ai eu
la chance d’avoir 2 petites filles qui sont venues jouer avec nous. En les regardant jouer, je me suis dit
que c’était ça que je voulais faire, c’est-à-dire développer le football féminin dans mon bassin.
Après je suis venue à Raon-l’Etape où j’ai suivi mon fils en 2010. Je suis tombé enceinte mais malgré
tout, Faride m’avait confié une équipe U11 masculine. Puis l’année suivante, Didier Chaffat m’avait dit
: ‘Delphine, ce serait bien qu’on monte une équipe seniore féminine.’ On a fait des détections, mais on
s’est retrouvé avec toutes les catégories d’âge. Donc j’ai créé 3 équipes de filles et le club a suivi.

Il est souvent dit qu’on ne coache pas les filles comme on coache les garçons ? Quel est ton point de
vue sur la chose ?

D.R. : Oui, c’est différent. Pas dans l’exercice en lui-même mais c’est surtout psychologique, il faut avoir
plus de subtilité avec les filles. Un garçon, on lui dit les choses, c’est droit, c’est carré. Les filles, il y a
plein de choses sur lesquelles il faut faire attention. Les plus grandes, si elles ne sont pas dans leur
bonne période, il faut en tenir compte par exemple. Ou encore, s’il y a des chagrins d’amours, l’impact
est plus important chez une fille que chez un garçon. C’est plein de petites choses comme ça à prendre
en compte.

Après, au niveau du coach, peu importe. Tant que tu tiens compte de cette différence, un homme peut
très bien coacher des filles, et, à l’inverse, une fille peut très bien coacher des garçons. On a l’exemple
avec Corinne Diacre qui a fait son chemin, qui a coaché jusqu’en Ligue 2. Elle a un début de résultat
avec les filles. Tout est faisable. Il faut tenir compte des spécificités et avoir cette envie surtout. Si un
homme veut se lancer, il faut qu’il ait cette envie de développer le football féminin.
Merci à Delphine Rondeau de nous avoir accordé cet entretien.

Commentaires